Un peu de champagne et quelques livres pour la Saint-Valentin.
Qu’on la dédaigne pour son caractère parfois trop commercial, ou qu’on saisisse l’occasion d’une fête amoureuse, la Saint-Valentin approche à grand pas. A peine sortis de la période des fêtes de fin d’année, nous voici donc à nouveau à nous interroger sur le repas, le cadeau, … etc. Pour le repas, cela dépend de vos goûts, mais côté vin le champagne reste une valeur sûre, car « lorsqu’un bouchon de champagne saute, nait le sourire d’une femme ». Mais quel champagne ? J’éviterais les bruts non dosés et me tournerais volontiers vers de tendres rosés. D’autant plus que les grandes maisons rivalisent d’imagination pour emballer tendrement leurs tendres rosés, à l’instar de Dom Pérignon avec une édition spéciale crée par Zoe Cassavetes (370 €) ou Pommery avec son fourreau bollywoodien (180 €). On peut cependant trouver des flacons bien plus abordables, tel ce duo de mini-bouteilles de Nicolas Feuillate dans leur tout aussi mini sceau à champagne (33 €).

Et pourquoi ne pas offrir un livre ? C’est vrai qu’offrir un livre comporte toujours une part de risque. On s’y dévoile autant que l’on dévoile la profondeur de la connaissance, ou l’abîme de la méconnaissance, que l’on a de l’autre. Voici donc une petite sélection qui n’est autre que toute personnelle, reprenant pour la plupart d’entre eux, des livres déjà commentés sur ce blog. Une petite sélection où l’on voit Cupidon virevolter autour d’une bouteille de vin, tandis que Vénus trempe ses lèvres à la coupe de Bacchus.
Le
vin a longtemps été un univers très masculin, où le rôle des femmes était très codifié, quant elles avaient le droit d’y figurer. L’analyse mythologique, historique et sociologique menée par
Ségolène Lefèvre dans Les femmes & l’amour du vin montre comment, au fil des âges, les femmes ont tour à tour été écartées ou au contraire ramenées dans cet univers. Et cela au travers
de trois grandes thématiques : faire, servir et boire le vin.
C’est une
approche plus littéraire que propose Philippe Brenot avec Le vin & l'amour, explorant les rapports complexes qui les unissent autant qu’ils les désunissent. L’auteur, qui est également
psychiatre, sexologue, anthropologue et écrivain, interroge leur nature afin de comprendre les raisons de cette alternance de complicité et de défiance, voire de haine.
Restons encore un peu sur les liens entre amour et vin, un sujet qui n’a pourtant pas fait couler beaucoup d’encre. Un ouvrage incontournable est cependant l’Erotique du vin de Jean-Luc Hennig, qui explore également les rapports des imaginaires et vin et de l’érotisme. Deux très hautes expressions de l’esprit humain, qui pourtant peuvent également révéler sa nature profondément animale.
D’amour et de vins nouveaux réunit seize nouvelles délicieusement érotiques. Stimulant ici les sens,
faisant patienter là l’amoureux attendant sa belle, formant parfois un simple élément du décor, où s’absentant momentanément pour mieux revenir au chapitre suivant, il sait adapter sa présence et
se montrer discret devant l’étreinte des amants. … qu’importe la place du vin dans ces textes, puisque ils se lisent « d’une main ; de l’autre un verre de vin ».
Le
Saint-Amour est, avec le champagne et le premier cru les Amoureuses, un des noms qui vient le plus spontanément à l’esprit quand on veut associer le vin à la Saint-Valentin. Saint-Amour
ou les vignes du rêve est le récit d’une vigneronne qui sait donner du plaisir à tous les sens. Les évocations parfois crues, parfois sentimentales, mais toujours sensuelles, qu’elle
déroule de ses amours avec un amant de passage conjuguent bien boire avec bien faire l'amour.
Terminons sur une touche érudite et truculente avec le Dictionnaire amoureux du vin de Bernard Pivot, un Beaujolais qui
assume pleinement son origine contrôlée. Au fil de la bonne centaine d’entrées qui le composent, il aiguise nos sens comme notre esprit. Des entrées qui s’explorent dans l’ordre, le désordre, ou
en vagabondant de mot en mot. Et si vous ne trouvez pas le bonheur de l’être cher dans celui-ci, vous le trouverez certainement parmi la trentaine des autres Dictionnaires amoureux édité par
Plon.
Les femmes & l’amour du vin. Ségolène Lefèvre. 182 pages. Editions Féret. 2009. 19 €. Voir un article complet consacré à ce livre.
Le vin & l'amour - Entre littérature, sexe et sentiments. Philippe Brenot. 160 pages. Editions Féret. 2009. 49 €.
Erotique du vin. Jean-Luc Hennig. 180 pages. Editions Zulma.2003. 15 €
D’amour et de vins nouveaux. Pierrick Bourgault. 170 pages. Editions L’Iroli. 2007. 13 €. Voir un article complet consacré à ce livre.
Saint-amour ou les vignes du rêve. Claire Fourier. 104 pages. Jean-Paul Rocher éditeur. 2009. 14 €.
Le Dictionnaire Amoureux du Vin. Bernard Pivot. 480 pages. Plon. 2006. 26 €. Voir un article complet consacré à ce livre.
J'ai reçu aujourd'hui, de la part de plusieurs de mes contacts, ce mail me demandant de diffuser l'information suivante :
" Bonjour,
Le film "nos enfants nous accuseront" ne peut sortir qu'avec ce référendum !
Pour que ce film (qui dénonce les méfaits de la mauvaise alimentation et des pesticides) sorte en salle, il faut qu'un maximum de personnes regarde la bande-annonce dans les 3 jours à venir : http://nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/bande-annonce.html
Faites passer, même si vous ne le visionnez pas complètement. C'est le nombre de visites dans les 3 jours qui fera le poids ... Le voir est encore mieux. Faites suivre à tous vos contacts ! "
Voilà un message qui ressemble typiquement à une fausse chaine de solidarité, car je ne vois pas comment les internautes pourraient par ce biais influer les circuits de diffusion des films en salle. Et combien de personnes peut-on réellement mobiliser en 3 jours ? Au fait, 3 jours depuis quand ? Le premier message n'est pas daté. Mais ... je n'ai rien trouvé à son sujet sur HoaxBuster.com (qui est LE site à consulter avant de faire suivre quoi que ce soit de ce type).
J'ai regardé le site du producteur, il n'y est nullement fait état de difficultés de distribution du film, qui est bien sorti en salle en novembre 2008 (plus de 250.000 entrées) et en DVD depuis octobre 2009. J’avais d’ailleurs rédigé un article à son sujet (lire l’article).
Ceci-dit, rien ne vous empêche de regarder la bande-annonce, la situation que le film dénonce n’a pas beaucoup évolué depuis. Une suite est d'ailleurs en cours de tournage, sa sortie est prévue pour fin 2010.
Philippe Margot : Taittinger Collection.
Dès sa naissance, le champagne pétillant a été adopté par les élites aristocrates, bourgeoises et culturelles. Il a donc très tôt tissé des liens étroits avec le pouvoir, mais également avec les arts. Plusieurs grandes maisons champenoises ont fait appel à des artistes de renom pour orner leurs meilleures bouteilles et les étuis de ces dernières. Mais c’est certainement la maison Taittinger qui a développé la démarche à la fois la plus aboutie de coopération dans la durée avec des artistes plasticiens contemporains.
Car elle ne se contente pas de reproduire un tableau sur ses étiquettes, que ce soit une œuvre existante ou originale. C’est l’habillage complet de la bouteille, plaque de muselet comprise, qui est confié à l’artiste. Et ceci déjà à 11 reprises : Victor Vasarely a inauguré cette galerie en 1983, suivi deux ans plus tard par Arman. Sept autres créateurs se sont relayés depuis, jusqu’à Zao Wou-Ki en 2003 et Robert Rauschenberg en 2007. Un nouveau projet serait d’ailleurs en cours d’élaboration …
Cliquez sur l’image pour accéder au livre
(en couverture : Roy Lichtenstein, édition 1990)
Certes, la démarche tient tant du marketing que du mécénat, mais la coopération avec ces artistes donne à chaque fois un résultat vraiment superbe. Alors, ne boudons pas notre plaisir et profitons sans vergogne de l’ouvrage que Philippe Margot offre très gracieusement à notre lecture en version électronique. Historique de la maison, présentation de ses différents crus, récit de l’aventure chaque fois renouvelée de la création, biographie des artistes, nombreuses illustrations : l’instant Taittinger se apparait à chaque page de cette visite de la maison et de sa galerie en bouteilles.
Taittinger Collection. Philippe Margot. 43 pages. 2009. Lecture gratuite sur Calameo.com.
Voir également le livre que Philippe Margot a consacré aux œuvres réalisées pour Château Mouton Rothschild, ainsi que la page de Philippe Margot sur Cepdivin.
Le Salon des vins de Loire, réservé aux
professionnels, se tient en ce moment même, du 1er au 3 février à Angers. Parmi les manifestations organisées dans ce cadre, l'une retient particulièrement l'attention de la
blogosphère : le Wine Blog Trophy qui récompense les meilleurs blogs dédiés au vin, en faisant appel au vote des
internautes. A propos, si quelqu'un pouvait me dire ce que représente le logo du concours ... je dois manquer un peu d'imagination ...
Mais revenons aux blogs. Les gagnants ont été récompensés hier soir, tous des auteur(e)s de blogs de très grande qualité, qui partagent leur passion et leurs découvertes, nous parlent de passion et de liberté. J'ai donc beaucoup de plaisir à vous présenter ici :
« Prix des internautes » et « Meilleur design » : Aurélia Filion pour Bu sur le Web. C’est encore elle qui se présente le mieux (l’accent québécois en plus) : « Tout comme d’autres s’effondrent devant la plus belle robe ou à la simple vu d’une paire de souliers vintages dénichée dans la boutique la plus hot de New York City ! moi je pétille à l’idée de goûter le bon, le vrai ». Et moi je m’effondre devant les chroniques vidéo d’Aurélia !
« La plus belle plume » : Hervé Lalau et ses Chroniques Vineuses. Journaliste français et Secrétaire Général de la FIJEV, Hervé collabore à plusieurs magazines et sites spécialisés en vin. « Une chronique
vineuse qui se respecte n'incite pas à boire plus, elle permet de boire mieux, en pleine connaissance de cause. Ceux qui n'aiment pas le vin peuvent aller surfer ailleurs. Qu'ils n'en dégoûtent
pas les autres ».
« Meilleure interactivité » : Emmanuel Delmas pour Sommelier Vins. Après 14 années d'expérience comme sommelier dans des établissements prestigieux en France et à l’international, Emmanuel partage ses connaissances avec le plus grand nombre au travers de son blog. Son crédo : rendre le vin accessible à tous. Un défi relevé grâce à ses très nombreux articles, toujours très pédagogiques.
« Mention spéciale Loire » : Jacques Berthomeau et son blog Vin&Cie, l'espace de liberté. Si vous pensez que le vin c’est (aussi) « un peu de douceur, de convivialité, de plaisir partagé, dans ce monde de brutes » alors ce blog est fait pour vous. Mais attention, pas de mièvreries ici. Si Jacques a ouvert cet espace de liberté, c’est bien pour s’en servir ! Les prohibitionnistes de tous poils n’ont qu’à bien se tenir !
« Meilleur blog » (toutes catégories confondues) : Anne-Laurence Chadronnier pour Rouge, Blanc, Bulles. Après avoir dirigé pendant plusieurs années une propriété dans le Médoc, Anne-Laurence continue à partager sa passion pour le vin au travers de ce blog, riche en rencontres, découvertes, débats d’idées, …
http://rougeblancbulles.blogspot.com
La cave de Joséphine - Le vin sous l’Empire à Malmaison.
L'inventaire de la cave du château de Malmaison, établi peu de jour après le décès de sa propriétaire l'Impératrice Joséphine, au printemps 1814, ne dénombrait pas moins de l’équivalent de 13.286 bouteilles de vin et d’alcools fin. Au-delà de la quantité, ce qui frappe dans le détail de cet inventaire, c’est l’extraordinaire qualité et diversité des crus entreposés, et servis à ses invités, par l’Impératrice. Sa modernité également, car contrairement aux autres caves recensées à la même époque, celle de Joséphine comporte une plus forte proportion de vins rouges que de blancs. C’est également la forte présence de vins de Bordeaux qui la distingue, avec des centaines de Pouillac, Lafitte, Margot, La Tour, Aubrillan (tels qu’orthographiés à l’époque).
Carafon au chiffre « J » couronné de l'Impératrice
Joséphine
Vers 1810-1814, cristal taillé. Musée national des
châteaux
de Malmaison et Bois-Préaun, © Rmn / André Martin
« La cave de Malmaison témoigne d’une période exceptionnelle de transition où, en femme de l’Ancien Régime, Joséphine conserve avec attachement le goût des vins liquoreux méditerranéens, en aristocrate, est fidèle aux bourgognes, en créole, savoure rhums et liqueurs, en femme du monde, aime entendre pour ses hôtes pétiller Ay et Sillery, et en impératrice d’un nouveau régime, tracer avec les bordeaux la voie d’une mode d’avenir », relève Elisabeth Claude dans le catalogue de l’exposition. La période fut en effet exceptionnelle. La bourgeoisie ayant pris goût au vin, jusque-là monopolisé par l’aristocratie et le clergé, la demande explose. La production également : à la fin du XVIIIème siècle, le vignoble français atteint 1,5 millions d’hectares, soit les 2/3 de la superficie mondiale et près du double de l’actuelle. Les progrès de l'industrie du verre (influant l’évolution de la forme des bouteilles) et l’invention de la lithographie (conduisant au développement des étiquettes), vont également contribuer aux profonds changements de la production et du commerce vinicole au cours de la première moitié du XIXème siècle.
« Modèles des Dames-jeannes et des bouteilles qu'on fabrique
à la verrerie de Dioncq-Lenglé à la Basse Ville de Dunkerque »
1809, aquarelle sur papier, archives départementales du Nord, Lille
Si les vins de Joséphine ont pris le chemin de l’exil, si les caves ont été comblées, le château de Malmaison est quant à lui, par la grâce d’un mécène qui l’a sauvé de la ruine voici quelques 110 ans, resplendissant de toute sa splendeur passée. Il offre un magnifique écrin à cette exposition, où l’on peut admirer plus de 200 objets d'art (tableaux, orfèvreries, porcelaines, pièces de cristal, …) et de très nombreux documents et gravures. Provenant tant des collections du musée de Malmaison que de nombreux musées européens et de collections privées, l’ensemble présente une évocation de la cave de Joséphine dans une approche tout autant artistique qu’historique.
La cave de Joséphine - Le vin sous l’Empire à Malmaison. Catalogue de l’exposition, ouvrage collectif sous la direction d’Alain Pougetoux et d’Elisabeth Cauder. 144 pages. Editions RMN. 2009. 25 €.
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