La cave de Joséphine - Le vin sous l’Empire à Malmaison.
L'inventaire de la cave du château de Malmaison, établi peu de jour après le décès de sa propriétaire l'Impératrice Joséphine, au printemps 1814, ne dénombrait pas moins de l’équivalent de 13.286 bouteilles de vin et d’alcools fin. Au-delà de la quantité, ce qui frappe dans le détail de cet inventaire, c’est l’extraordinaire qualité et diversité des crus entreposés, et servis à ses invités, par l’Impératrice. Sa modernité également, car contrairement aux autres caves recensées à la même époque, celle de Joséphine comporte une plus forte proportion de vins rouges que de blancs. C’est également la forte présence de vins de Bordeaux qui la distingue, avec des centaines de Pouillac, Lafitte, Margot, La Tour, Aubrillan (tels qu’orthographiés à l’époque).
Carafon au chiffre « J » couronné de l'Impératrice
Joséphine
Vers 1810-1814, cristal taillé. Musée national des
châteaux
de Malmaison et Bois-Préaun, © Rmn / André Martin
« La cave de Malmaison témoigne d’une période exceptionnelle de transition où, en femme de l’Ancien Régime, Joséphine conserve avec attachement le goût des vins liquoreux méditerranéens, en aristocrate, est fidèle aux bourgognes, en créole, savoure rhums et liqueurs, en femme du monde, aime entendre pour ses hôtes pétiller Ay et Sillery, et en impératrice d’un nouveau régime, tracer avec les bordeaux la voie d’une mode d’avenir », relève Elisabeth Claude dans le catalogue de l’exposition. La période fut en effet exceptionnelle. La bourgeoisie ayant pris goût au vin, jusque-là monopolisé par l’aristocratie et le clergé, la demande explose. La production également : à la fin du XVIIIème siècle, le vignoble français atteint 1,5 millions d’hectares, soit les 2/3 de la superficie mondiale et près du double de l’actuelle. Les progrès de l'industrie du verre (influant l’évolution de la forme des bouteilles) et l’invention de la lithographie (conduisant au développement des étiquettes), vont également contribuer aux profonds changements de la production et du commerce vinicole au cours de la première moitié du XIXème siècle.
« Modèles des Dames-jeannes et des bouteilles qu'on fabrique
à la verrerie de Dioncq-Lenglé à la Basse Ville de Dunkerque »
1809, aquarelle sur papier, archives départementales du Nord, Lille
Si les vins de Joséphine ont pris le chemin de l’exil, si les caves ont été comblées, le château de Malmaison est quant à lui, par la grâce d’un mécène qui l’a sauvé de la ruine voici quelques 110 ans, resplendissant de toute sa splendeur passée. Il offre un magnifique écrin à cette exposition, où l’on peut admirer plus de 200 objets d'art (tableaux, orfèvreries, porcelaines, pièces de cristal, …) et de très nombreux documents et gravures. Provenant tant des collections du musée de Malmaison que de nombreux musées européens et de collections privées, l’ensemble présente une évocation de la cave de Joséphine dans une approche tout autant artistique qu’historique.
La cave de Joséphine - Le vin sous l’Empire à Malmaison. Catalogue de l’exposition, ouvrage collectif sous la direction d’Alain Pougetoux et d’Elisabeth Cauder. 144 pages. Editions RMN. 2009. 25 €.