Marco Parenti : L’art de couper le fromage.
Si certains ont élevé la pratique de la découpe des cheveux en quatre au rang d’art, ce n’est rien comparé aux recherches qui furent nécessaires pour trouver les meilleures manières de découper
un fromage en quatre, mais aussi en cinq, six, sept, etc., au regard de sa forme. Vous vous direz peut-être qu’il n’y a pas de quoi en faire justement un fromage. Qu’il suffit généralement de
prendre un de ces couteaux à dents marqués « fromage » sur le manche ou la lame, et de couper des parts égales. Vous voilà donc prêts à faire subir à la pâte du fromage un véritable
massacre en la pénétrant par toutes ces petites pointes. Massacre qui évoque ni plus ni moins à l’auteur que le « viol d’une vierge sans défense », ce qu’aucun gentilhomme ne laisserait
faire !
Vous voilà prévenus, couper le fromage n’est pas un acte anodin. Il relève d’un véritable rituel que tout amateur un tant soit peu digne devrait maitriser. Choix des ustensiles en fonction du
fromage, définition du plan de découpe selon la forme et le nombre de convives (car il s’agit d’offrir à chacun la même quantité avec une même proportion de pâte et de croute), et maîtrise
absolue du geste au regard de la densité de l’objet du désir : ce traité mi-sérieux codifie la découpe du fromage à l’instar de l’ikébana pour la
préparation du thé ou du kamasutra pour le plaisir sexuel.